LE GUIDE
Témoignages
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Comment est venu ton déclic ?
En septembre 2018, je rencontre celui qui est devenu mon meilleur ami et qui me transmet, quelques jours après le début de notre internat de biologie médicale, le livre de Pablo Servigne "Comment tout peut s'effondrer". C'est le début d'une grande phase boulimique de connaissances, j'ai tout regardé, tout lu, creusé la plupart des sources des influenceurs climat émergents à cette époque. Je tombe évidemment sur les vidéos de Jean-Marc Jancovici qui résonnent finalement assez peu initialement pour moi et c'est le film "Une fois que tu sais" d'Emmanuel Cappellin qui me permet de sortir de cette phase très centrée sur la connaissance, et donc finalement sur moi-même. Ce film, accompagné d'une animation inspirée du Travail Qui Relie de Joanna Macy, m'ouvre à une nouvelle vision du soin : créer des espaces collectifs pour relier les individus m'apparaît plus soignant que tout ce que j'avais alors appris.
Au regard de l'augmentation des contraintes environnementales et de toutes celles s'y associant ou en découlant (géopolitiques, industrielles, sociétales, ...), le système de santé français me semblait forcément s'orienter vers un fonctionnement décroissant puisqu'ayant relativement moins de moyens chaque année par rapport à l'augmentation des besoins, donc des charges. Une des réponses résidait pour moi dans ce “prendre soin collectif”, garant d'une sorte de croissance organisationnelle permettant de maintenir une qualité des soins suffisante dans le cadre d'une décroissance matérielle. Ce fonctionnement collectif répondait également à une autre problématique de notre système de santé : celle des inégalités toujours plus fortes, tant dans les niveaux de vie que dans l'accès au soin.
Cette vision collective et communautaire du soin ouvrait une voie, selon moi, pour que les personnes exclues à l'époque et demain de notre système de santé puissent tout de même accéder à une bonne santé. Ainsi, la décarbonation du système de santé, en permettant à notre système d'identifier ses vulnérabilités et les réduire et bien que n'étant pas un objectif qui se suffit à lui-même, représente pour moi la première porte d'entrée vers la restructuration de notre système de santé pour une meilleure santé de la population.
Comment es-tu passé·e à l'action ?
La première étape a été d'animer des ciné-débat autour du film "Une fois que tu sais". Puis j'ai découvert les fresques : celle du climat, de la santé, des récits, ... une multitude d'outils pour créer des espaces où nous rediscutions collectivement de notre manière de fonctionner, mais uniquement dans ma vie citoyenne. Je me suis rendu compte qu'il était nécessaire de faire des ponts entre ces dynamiques très actives en marge mais ne percolant que trop peu dans le monde professionnel.
Ainsi, j'ai cherché des moyens pour légitimer ces outils et ces temps dans le quotidien médical : j'ai fait ma thèse sur l'analyse de cycle de vie de l'analyse d'urine, puis je me suis formé au bilan carbone et à la RSE, me permettant de porter ces enjeux dans mon travail de biologiste et dans ma société savante. In fine, on m'a proposé d'animer ces ciné-débats et fresques dans des services hospitaliers parce que j'avais cette légitimité professionnelle.
...et aujourd'hui, où en es-tu ?
Aujourd'hui, je ne suis plus biologiste médical et je suis directeur de projet pour former la fonction publique hospitalière à la transition écologique en santé à l'EHESP. J'ai continué mon engagement associatif et par le jeu des rencontres, on m'a proposé d'encadrer le pôle des conférences Santé de The Shifters, puis d'entrer dans l'association Alliance Santé Planétaire, d'organiser des webinaires pour La Fabrique des Santés, d'animer la communauté du CERES et de participer à la structuration d'un réseau breton sur la transition écologique.
J'ai continué à nourrir ces ponts entre les milieux associatifs et institutionnels qui, selon moi, permettent de soutenir un système de santé en souffrance et donc des personnes qui n'ont plus accès aux ressources pour en prendre soin.
Obstacles rencontrés et leçons tirées
Je pense qu'il faut s'entourer de gens dans l'action. J'ai passé beaucoup de temps dans des groupes de personnes réfléchissant à ce que nous devions individuellement ou collectivement faire, ce que les autres devraient faire, ce que les états devraient faire, ... Personnellement ça ne m'a pas permis de trouver ma place dans ce nouveau monde alors que des actions parfois jugées insignifiantes m'ont permis de structurer une vision claire et active de ce à quoi je voulais servir. Et c'est finalement ça qui m'a ouvert à prendre mon poste actuel : je souhaite ouvrir la voie de la déclinaison disciplinaire de la transition écologique dans les métiers de la santé, permettant aux maximum de professionnels d'identifier une place dans ce monde en mutation.
Quels conseils aurais-tu pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans le même parcours ?
Je cite Pablo Servigne sans me souvenir des mots exacts mais faîtes ce qui vous semble être le plus juste, agissez pour favoriser le monde auquel vous croyez. Ne réagissez pas trop à l'actualité, ne vous faîtes pas dévorer par les récits désespérants et n'essayez pas de sauver le monde en réagissant aux fluctuations de la semaine. Il y aura toujours des mauvaises nouvelles, mais aussi des bonnes, il faut savoir les chercher et les mettre en avant. Nous sommes tous un élément de la réponse collective et c'est bien par les liens que nous entretiendrons que nos visions convergeront.