LE GUIDE

Témoignages

Profil LinkedIn

François L :
Comment j'ai cofondé 2tonnes

Comment est venu ton déclic ? 

J’ai eu plusieurs déclics en parallèle :

  • la prise de conscience du dépassement des limites planétaires, et du décalage entre l’ampleur des enjeux et la faible mobilisation collective, particulièrement marquée autour de 2018
  • le constat que l’écologie est souvent abordée soit de manière anxiogène (fatalisme, éco-anxiété), soit de façon trop complexe, ce qui rend difficile le passage à l’action
  • la découverte de la puissance des expériences pédagogiques collectives, notamment avec la Fresque du Climat
  • la rencontre avec Pierre-Alix, cofondateur de 2tonnes, qui a nourri une envie d’agir dans une démarche plus entrepreneuriale

Comment es-tu passé·e à l'action ? 

Dès l'obtention de mon diplôme d'ingénieur centralien en 2018, je me suis plongé dans une phase boulimique d'apprentissage sur l'écologie. J'ai ingurgité des livres, des podcasts, des documentaires... 

Sur une période de deux ans, je traverse une phase hypercréative et exploratoire. J’ai notamment créé une association avec des amis de promo pour faire du lobby auprès de notre ancienne école afin qu'ils mettent du climat dans les cours. J’ai participé au développement d’un service civique d'éducation populaire dans des quartiers populaires. En parallèle, je crée plusieurs micro-entreprises, j’anime une centaine d’ateliers – notamment autour de la Fresque du Climat – et je conçois différents outils pédagogiques, jusqu’à imaginer ce qui deviendra l’ancêtre de 2tonnes.

L'atelier 2tonnes a pris forme en 2019, et un an après, nous avons décidé de créer une entreprise avec Pierre-Alix. Après deux années très dispersées, je choisis alors de me concentrer pleinement sur ce projet.

Le cas échéant, quel a été le rôle de Shift Your Job dans ton parcours ? 

.

...et aujourd'hui, où en es-tu ? 

Après une phase exploratoire (2018-2020), je prends petit à petit un rôle de dirigeant d’une entreprise en forte croissance. J’ai travaillé sur la partie produit et qualité ainsi que sur le changement d’échelle de l’activité ainsi que sa diversification. 

Cette période était très intense et m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances et de gagner de l’expérience sur des sujets variés (écologie, psychologie du changement, pédagogie, gestion financière…).

Depuis 2025, je suis directeur général de l’atelier 2tonnes et je me fais accompagner pour apprendre ce métier.

Obstacles rencontrés et leçons tirées 

Des conseils pour se lancer ? Je vais parler de ce que je connais : l'entrepreneuriat et le freelancing. 

Devenir freelance, c'est être son propre patron : il n’y a pas de hiérarchie. En revanche, il faut tout de même s’occuper de la gestion administrative et financière tout en faisant face à la réalité du marché. En côtoyant des centaines de freelances chaque année, j’ai compris que la clé est d’avoir un réseau pour aller chercher des clients, sinon cela devient très difficile.

Devenir entrepreneur, c'est encore autre chose : vous êtes votre propre patron. L'entrepreneuriat, ce n'est pas juste avoir une idée et la développer. C'est gérer des humains, construire une organisation composée d'humains, qui tienne le plus possible sans vous. C'est aussi adresser un marché, anticiper les tendances économiques pour anticiper votre stratégie marketing, commerciale, d'investissement. C'est passionnant. C'est hyper-apprenant. Je suis convaincu que ça vous fait franchir une marche  de géant dans votre vie professionnelle tant vous apprenez. Mais c'est aussi coûteux. J'ai moi-même énormément travaillé, 80h/semaine pendant bien 3 ans. Pendant 5 ans, c'était le cœur de ma vie. J'avais peu d'énergie pour des projets personnels à côté. Ce n'est pas une règle absolue, mais je connais beaucoup d'entrepreneurs qui vivent ça : qui croulent sous le travail, n'ont pas le temps d'anticiper, bossent le week-end. C'est hyper stimulant de vivre ça, mais il faut que ce soit temporaire. Après, on est tous différents, certains peuvent vivre longtemps comme ça, d'autres nous. Mais surtout, ça se gère. Pour cela, je pense qu'il faut être clair avec soi-même, se faire en quelque sorte un contrat avec soi : combien de temps vous vous donnez pour avoir un résultat, quel coût vous êtes prêt à payer, et pour quelle contrepartie. Je pense qu'il y a un certain coût à l'entrée pour lancer une entreprise, mais vous pouvez l'encadrer selon vos aspirations et l'ambition du projet.

Enfin, plus généralement, je dirai que le plus dur, c'est de prendre la décision. C'est ça qui peut prendre du temps pour changer de voie pro ou se lancer. Pris par les doutes, les humeurs, face à l'aspect vertigineux d'un tel choix. Je tente une proposition simple de méthode :  1. Ecrivez votre raison d'être personnelle, votre vision à vous, ce que vous aimez, et quelle vie vous voulez avoir dans 5 ans par exemple 2. Faites votre propre SWOT : vos forces, vos faiblesses. Les opportunités (ou menaces) qui s'offrent à vous. 3. Listez les options que vous envisagez 4. Listez les critères qui qualifient les options en fonction de votre raison d'être et de votre SWOT 5. Faites un tableau comparatif pour / contre : 1 colonne par option, les critères en ligne Faites ça via des sessions qui durent un peu pour avoir le temps. Et laissez quelques jours entre les étapes pour laisser mûrir votre réflexion. Et surtout, à la fin, décidez. Ou si vous ne décidez pas, comprenez pourquoi vous doutez, l'information qu'il vous manque, trouvez là, et décidez ensuite !

Quels conseils aurais-tu pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans le même parcours ? 

Si je devais relancer un entreprise demain, voici les principes que j'appliquerais : 

1. Éviter la culture de l'urgence en se donnant du temps pour anticiper. Pour arrêter de courir toujours, d'être toujours en retard. Mais aussi pouvoir être plus ambitieux!

2. Encourager à faire des erreurs. Pendant longtemps nous avons été perfectionnistes, fait beaucoup de choses nous-même en considérant que la qualité du produit, d'une proposition, était cruciale. Cependant, je fais maintenant autrement : je laisse plus de place aux autres, les assiste et les guide, mais les laisse aussi faire leurs choix, leurs erreurs. Et ça leur permet de grandir, comprendre ce qui marche, ne marche pas, de prendre confiance, et de progresser. C'est grâce à ça qu'on arrive à créer une équipe qui est de moins en moins dépendante de nous pour gérer le quotidien de l'entreprise.  Ce principe peut vous paraître bateau, mais j'ai croisé tant de dirigeants qui en réalité ne l'appliquent pas. Et restent piégés dans leur entreprise car tout dépend d'eux et doncrestent piégés dans des semaines à 80h/semaine et dans des entreprises qui ont du mal à dépasser les 10-20 employés. Et surtout, ce principe est libérateur car vous lâchez prise. Et quand on est freelance, ou chef d'entreprise, c'est très important. Car il faut régulièrement prendre des décisions, et donc faire des choix, renoncer, faire des paris. Lâcher prise permet d'être OK avec une décision imparfaite (ce qui n'existe pas).

3.Développer un cadre de travail professionnel, qui donne des missions claires aux gens :avec des attentes claires et des résultats mesurables. Une culture d'entreprise qui soit la plus vertueuse possible, tout en gardant certains principes de réalité. Nous avons fait beaucoup d'erreurs, et appris en marchant sur la gestion d'entreprise : fiches de postes pas claires, culture idéaliste irréalisable, incapacité d'évaluer et de faire des retours factuels...

Je considère que l'entrepreneuriat est l'un des moyens d'agir les plus complets et potentiellement les plus impactants qu'on puisse avoir. Si le type d'aventure vous séduit, si vous avez une idée, une vision, et si vous vous sentez prêts à affronter les difficultés d'une telle aventure, n'attendez plus !

Je témoigne