LE GUIDE

Témoignages

Profil LinkedIn

Clément P :
J'ai transformé mes cours d'anglais pour y intégrer les enjeux climatiques et sociétaux

Comment est venu ton déclic ?

Je suis enseignant-chercheur à l'université depuis quelques années, et jusqu'à présent les questions environnementales n'avaient aucune place dans mes cours. Aujourd'hui, elles occupent une place absolument centrale. C’est en été 2023 que je décide de consacrer tous mes cours d'anglais à l'université aux enjeux environnementaux. Cette décision survient après un ensemble de facteur (et non pas d’un seul déclic) :

  • le mouvement contre la réforme des retraites, pour lequel j'avais été très impliqué, où le slogan "fin du monde, fin du mois, même combat" m'avait beaucoup marqué ;
  • les mégafeux au Canada cet été-là, un pays où un de mes cousins, dont je suis très proche, habite depuis une dizaine d'années ; 
  • le visionnage d'une vidéo de Palome Moritz, une journaliste spécialiste des thématiques écologiques recommandée par ma cousine (dont je suis très proche aussi) qui présentait des choses à faire pour agir face à l'inaction climatique. Après avoir regardé cette vidéo, j'ai pris cette liste en me disant que j'allais faire tout ce qu'elle recommandait. Ceci étant dit, en tant que sociologue, je ne pense pas qu'il soit possible d'identifier _un _élément déclencheur qui ferait tout basculer. En effet, les travaux en sciences sociales sur les bifurcations professionnelles montrent que celles-ci s'inscrivent dans des séquences plus larges, qui ne relèvent pas nécessairement de la "prise de conscience" à un niveau très abstrait. Il y a donc un enjeu central à dépasser cette vision très intellectuelle, très idéaliste.

Comment es-tu passé·e à l'action ?

Je suis maître de conférences dans une université où j'enseigne des cours d'anglais à des étudiant·es non-spécialistes, qui font des études d'histoire, d'économie, de philosophie ou d'arts plastiques. J'ai une grande liberté dans les thématiques que je choisis chaque semestre. J'ai regardé beaucoup de vidéos, lu beaucoup de livres et d'articles sur différents supports présentant les enjeux de la crise climatique et les questions d'échelles d'action. J'ai donc conçu un programme de cours dont l'objectif était de faire prendre conscience à mes groupes de d’élèves qu'il était absurde d'opposer "gestes individuels" et "changements structurels", qu'il fallait penser les deux ensemble. Et chaque semestre, je leur ai fait  calculer leur empreinte carbone grâce à la version anglaise du simulateur accessible gratuitement de l'ADEME. L’objectif était d’ incarner les enjeux de décarbonation et discuter (en anglais) de ce que la notion d'inégalités carbone et environnementale impliquait concrètement.  Si cela a pu susciter quelques résistances, l'écrasante majorité des étudiant·es a énormément aimé ce cours.

...et aujourd'hui, où en es-tu ?

Au fil des semestres, mes enseignements se sont affinés et j'ai continué à me former, notamment en devenant animateur de la Fresque du Climat. J'ai également ajouté de nouveaux formats, comme des exposés de 3 minutes sur un sujet absolument libre qui leur tenait à cœur mais qui devait forcément inclure une dimension environnementale. Aujourd'hui, le contenu des séances évolue en fonction des avancées et des reculs sur les fronts environnementaux, mais il me paraît impensable de ne pas parler de la crise écologique et des manières d'y répondre dans mes enseignements. Cela a redonné du sens à mon métier.

Quels conseils aurais-tu pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans le même parcours ?

Trois conseils que je tire de ma propre expérience et de mes discussions avec des collègues :

  1. N'attendez pas qu'on vous dise quoi faire et comment le faire pour tester des choses !
  2. Essayez de voir si quelques personnes autour de vous se posent les mêmes questions. Il y a de très très fortes chances que vous ne soyez pas seul.e !
  3. Ne vous découragez pas si vous tâtonnez au début ou s'il y a des ratés. Comme le dit très justement l'autrice et militante féministe étatsunienne Mariame Kaba, l'espoir est une discipline.
Je témoigne